L’anxiété chez les enfants

10 Mar

L’anxiété chez les enfants

Mon enfant est anxieux : est-ce normal ?

PastedGraphic-1Les parents se questionnent souvent sur l’anxiété et les peurs de leur enfant. Il est important de réaliser que la peur et l’anxiété sont des réactions normales et utiles qui ont permis la survie de l’espèce humaine. En effet, si nos ancêtres n’avaient pas eu peur des hauteurs, des étendues d’eau, des grands espaces, des araignées, du noir, ou des serpents, nous serions beaucoup moins nombreux sur la planète. De l’autre côté, les gens qui n’avaient pas ces peurs ont eu moins de chance de transmettre leur code génétique. Il en résulte qu’une bonne partie d’entre nous avons des peurs et de l’anxiété et que c’est tout à fait normal. Par contre, avoir peur de mourir à chaque moment de la journée peut être épuisant, distrayant et très inconfortable. De plus, dans la société nord-américaine, il est très rare que notre vie soit en danger. Dans cet article nous parlons de peur et d’anxiété, il est important de réaliser que ce sont des phénomènes très différents. La peur fait habituellement référence à quelque chose de concret etPastedGraphic-2 réel, tandis que l’anxiété est davantage un phénomène cognitif lié à l’anticipation d’une menace à notre intégrité, qui n’est pas encore arrivée, mais qui pourrait se produire. Par exemple, j’ai peur d’un ours, mais je me sens anxieux quand je fais une présentation orale. Dans un autre article, nous parlerons de comment surmonter nos réactions de peur et d’anxiété. Pour le moment, nous voulons simplement comprendre quand elles deviennent un problème et quand elles sont normales.

Pour commencer, les parents oublient souvent comment ils sont compétents dans l’éducation de leur enfant. Pensons au développement du langage. Quelques sons aléatoires et on tape des mains et on célèbre le fait que l’enfant a « dit » maman, papa. Ceci continue pendant des années jusqu’à ce que l’enfant puisse communiquer efficacement. Durant la même période, le développement de la marche PastedGraphic-3commence. L’enfant avance d’un centimètre et les parents disent qu’il a fait son premier pas. L’enfant fait une goutte d’urine dans le petit pot et on dit qu’il a commencé à être propre. Toutes ces exagérations font référence à un principe d’apprentissage très important, le façonnement comportemental. Si on l’utilise efficacement, le travail d’éducation devient beaucoup plus facile et les peurs moins intenses. Il faut simplement être patient et réaliser que le développement se fait par stade. Si l’enfant n’a pas atteint ce stade, alors il faut attendre.

Chez les enfants, les peurs « normales varient selon l’âge ». Un enfant de 9 mois, qui n’a pas acquis la permanence de l’objet peut être pris de panique intense quand il ne voit plus un de ses parents. Pour lui, à ce stade de développement, le parent qui est absent est disparu de manière permanente. Il cesse d’exister quand il n’est pas dans le champ visuel de l’enfant. Il est donc important de progressivement lui montrer que l’on revient et de lui permettre de tolérer un certain inconfort. J’ai déjà vu des parents qui ne laissaient jamais leur enfant seul, ce qui diminuait son anxiété dans le court terme, mais ne lui permettait pas de développer la constance de l’objet. C’est comme si on disait à l’enfant que l’on n’a pas confiance en lui et que tout est dangereux quand le parent n’est pas là. Des problèmes importants peuvent se développer si les parents continuent ce type de comportement pendant plusieurs années. Pensons à ce qui arrivera quand l’enfant devra aller en garderie et à l’école.

Chez les jeunes enfants, l’anxiété de séparation peut se manifester par un sentiment de panique quand on le met au lit et que l’on ferme la porte de chambre et qu’il fait noir. Encore une fois, l’enfant doit progressivement apprendre qu’il peut s’occuper l’esprit de diverses façons, même à un très jeune âge. Le laisser pleurer des heures dans son berceau n’est pas une solution acceptable non plus. Pour savoir quoi faire, il faut simplement se rappeler que dans quelques décennies, nous pourrions être la personne qui est dépendante et en détresse. Comment est-ce que je voudrais que l’on me traite? Avec une approche aimante, encourageante, qui s’adapte aux capacités et PastedGraphic-4au stade de développement. Dans ce cas, il faut éliminer les besoins de base, est-ce que l’enfant a faim, soif, chaud ou froid, a un problème de santé, etc. Si tous ses besoins de bases sont satisfaits, qu’il est fatigué et que nous l’avons amené à travers la routine et un ralentissement des activités à se préparer au sommeil, il faut lentement le sevrer de notre présence. Il y a d’excellents livres sur le sujet pour les parents qui ont des enfants qui ont de la difficulté à s’endormir. J’ai déjà vu des parents qui tenaient la main de leur enfant jusqu’à l’âge de 8 ans, jusqu’à ce qu’il s’endorme, parfois pas avant 22 heures. Ce n’est pas sain, ni pour l’enfant ni pour le parent.

Certains parents ont des peurs ou des phobies : serpents, araignées, souris, tonnerre, tempêtes, peur de se noyer, etc. Votre enfant a alors non seulement une prédisposition génétique, mais aussi il vous utilise comme modèle. Il faut faire attention de ne pas « contaminer » l’enfant avec vos propres peurs, vos verbalisations, votre comportement.

Quand l’enfant devient plus vieux, il commence la garderie ou l’école. Ces moments de détachement du parent et d’exploration du mondePastedGraphic-5 peuvent être anxiogènes pour l’enfant et le parent. Encore une fois, il faut aider l’enfant à développer sa compétence à surmonter sa peur et l’aider à explorer avec confiance son nouvel environnement. Les enfants peuvent lire ce que les parents ressentent, parfois mieux que nous. Ils peuvent savoir quand le parent est anxieux. Il est donc important de travailler sur soi avant de travailler sur l’enfant si vous voulez qu’il soit moins anxieux. La stabilité est importante. Ça prend environ 3 mois avant qu’un enfant soit vraiment à l’aise avec un nouvel environnement. Alors la première chose à faire est de ne pas le changer de garderie ou d’école aux six mois. Nous savons tous que le stress est cumulatif. À cet âge, l’enfant peut avoir besoin d’une photographie des parents, d’un objet de transition, de faire un retour avec le parent sur ce qui était particulièrement agréable PastedGraphic-6durant la journée. Un enfant de 12 ans qui a un attachement anxieux et qui ne veut pas aller à l’école peut être un symptôme de problème plus sérieux et il faut consulter pour découvrir ce qui se passe. Un thérapeute spécialisé en thérapie familiale et cognitive-comportementale pourrait être particulièrement utile.

À 9 ou 10 ans, nous avons le stade de la peur des voleurs ou qu’un parent meurt. La peur est saine et normale. L’enfant commence à réaliser avec plus de profondeur les dangers qui nous guettent dans la société. Il est important de lui expliquer que l’on n’a pas l’intention de mourir aujourd’hui et que de nos jours, les femmes peuvent vivre jusqu’à l’âge honorable de 90 ans et les hommes au moins dans les 80 ans, avec l’espoir un jour de PastedGraphic-7pouvoir rattraper les femmes. Il pourrait être utile de leur dire que l’on a l’intention de finir ce que l’on a commencé avec eux et que l’on aimerait les voir graduer et devenir des grands-parents. Pour ce qui est des voleurs, il est important d’expliquer que les voleurs sont généralement des gens qui veulent faire le moins d’effort possible et que s’il y a quelqu’un dans la maison, ils n’aimeront pas ça. Ils vont plutôt chercher une maison vide. Dans le pire scénario, nous avons la police et des assurances.

Ici, il est important de faire un petit avertissement. Chez une personne qui souffre d’anxiété intense, il y a souvent le raisonnement « oui, mais … ». Quand l’enfant ne peut être rassuré avec le rationnel, il est important de passer à l’identification des « besoins-enjeux ». Ce que je veux dire, c’est par exemple, il est possible que votre enfant soit plus fatigué à cause du temps des fêtes ou des vacances d’été. Ceci peut mener à une fragilité émotionnelle, qui fait augmenter l’anxiété. S’il est plus fatigué, il faut ralentir et en parler avec lui. « Tu es fatigué. Dors ça va t’aider. » « J’ai répondu à tes questions, maintenant il faut passer à autre chose. » Il peut alors être utile de lui montrer à respirer par le diaphragme en mettant un PastedGraphic-8toutou sur son ventre et en s’amusant à le faire monter et descendre, en faisant un gros bedon. On peut même faire un concours. De plus, il peut être utile de montrer à l’enfant comment revivre mentalement une situation de fierté, un succès ou un bon souvenir. Si les pensées causent l’anxiété, elles sont aussi une partie de la solution. L’enfant peut apprendre à rediriger son attention en répétant l’alphabet à l’envers, en répétant l’alphabet à l’envers en disant le chiffre qui va avec la lettre, etc. Ceci diminue la quantité d’énergie mentale qui peut être utilisée par l’anxiété et l’enfant finit par apprendre à s’autogérer. En d’autres occasion, le besoin peut être de passer plus de temps en famille, faire moins d’activités, un besoin non communiqué au parent, etc. Il faut apprendre à écouter à deux niveaux : entendre le contenu et identifier le besoin sous-jacent à la verbalisation. Ça prend un peu de pratique, mais c’est très puissant.

À 11 ou 12 ans, on a les enfants qui réalisent qu’ils peuvent mourir et commencent à penser qu’ils ont toutes les maladies. Certains enfants vont avoir une gastro et associer l’endroit où ils ont été malades au vomissement. J’ai déjà vu un garçon qui se promenait avec son sac de plastique en voiture, car il avait peur d’être encore malade en voiture. Comme mentionné plus haut, il est important de discuter de la peur et de ses fondements, sans y revenir continuellement. Le parent a un rôle important à jouer en aidant l’enfant à réaliser que quand il ne fait que parler de ses peurs, il n’y a plus de temps pour avoir du plaisir. En fait, je dis toujours à mes clients, on ne peut pas être assis et debout en même temps. Alors il faut travailler le « F » word : Fun. C’est à ce moment que comme parent, il faut montrer à notre enfant à ne pas toujours prendre la vie au sérieux. Il faut s’amuser, être spontané et ne pas juste se centrer sur les règles, les dangers, les devoirs. Oui, les enfants ont vraiment besoin d’apprendre ça de nous. Peut-être que parfois nous-mêmes, nous oublions de ne pas juste faire la course dans le labyrinthe de la vie : dodo, boulot, corvée, etc.

À 13-14 ans, l’aspect social et performance devient plus important. Nous avons souvent de l’anxiété sociale. Ceci est particulièrement vrai maintenant avec les réseaux sociaux et la tendance à essayer de devenir une vedette instantanée. À cet âge, il est important d’aider les enfants à trouver où est le volume sur leur GPS. On ne peut pas conduire efficacement une voiture en ayant la tête sortie par la fenêtre et en se centrant sur le GPS de la voiture d’à côté. Si nous avons toujours dit à notre enfant quoi penser, ça peut être particulièrement difficile. Ce que Barbara Coloroso, une vieille enseignante américaine très sage nous dit, c’est qu’il faut montrer à notre enfant comment prendre des décisions et comment développer une discipline personnelle. Elle a son propre site et plusieurs livres traduits en français.

Pour ce qui est de l’anxiété de performance, c’est une bonne chose de réaliser que les notes sont importantes, que les autres vont nous regarder, nous juger. Ceux qui ne le réalisent pas ont d’autres problèmes que je ne discuterai pas dans cet article. Encore une fois, il fautPastedGraphic-9 comprendre que l’anxiété de performance est reliée à l’anticipation d’un échec, qui peut diminuer la capacité à performer au niveau de son potentiel. Pour les étudiants, il est important de réaliser que tous les enseignants télégraphient consciemment ou pas, quelle partie de la matière est importante et souvent quelles questions seront à l’examen. Rappelons-nous qu’un examen est une façon de faire la différence entre ceux qui mettent ou ne mettent pas de temps dans la maîtrise de ce qui est enseigné. Les enseignants ne se lèvent pas le matin en pensant à combien d’élèves ils auront la chance de faire couler. Sachant cela, votre enfant doit développer des méthodes d’étude efficaces, apprendre à mémoriser et apprendre comment apprendre efficacement. Il peut aussi apprendre à écrire tout ce qu’il a peur d’oublier en arrière de la copie d’examen, avant même de commencer à répondre aux questions. Il peut aussi apprendre comment efficacement gérer son temps à l’examen, etc. Certains orthopédagogues se spécialisent dans ce genre de travail et peuvent vous aider. Enfin, l’anxiété augmente la performance quand la matière est maîtrisée et la diminue quand elle ne l’est pas. Alors, aidons nos enfants à bien maîtriser ce qui est nécessaire.

Pour finir, la confiance en soi s’acquiert chaque jour, un petit peu à la fois, en intégrant les commentaires positifs, en découvrant des stratégies efficaces et en connaissant le succès.

Il faut aller chercher de l’aide quand l’impact de l’anxiété diminue le bien-être individuel ou quand il affecte le fonctionnement familial, social ou académique.

Un livre particulièrement utile que vous pouvez acheter et faire avec votre enfant de 9 à 13 ans est le suivant :

Couture N. Marcotte G, Incroyable Moi : Maîtrise son anxiété. Éditions Midi Trente, ISBN : 978-2-923827-16-2. http://www.miditrente.ca/Psycho-Pedago/Incroyable.html

 

Des spécialistes sont disponibles dans les écoles, les CLSC, au CADA et dans d’autres organismes pour vous aider avec le privilège d’éduquer vos enfants.[1]

Jean-Martin Bouchard D.É.S.S., M.B.A., M.Ps., D.Psy,

Psychologue clinicien et neuropsychologue

[1] Photos tirées de mon album personnel